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Interview de Lazuli dénudé le 16/04/2021
Interview de Dominique Leonetti, chanteur guitariste du groupe Lazuli, le 16 avril 2021, peu après la sortie de leur album acoustique Dénudé.



Jean-Christophe : Comment allez-vous depuis tout ce temps ? Cela fait trois ans que l’on ne s’est pas vu, c’était Chez Paulette par une belle soirée d’été et vous m’avez bien fait rire.

Dominique : Nous allons bien, merci ! Trois ans déjà ? Ils sont passés à toute allure et nous les avons dévalés comme on dévale des Montagnes Russes, dans une sorte d’ascenseur émotionnel, avec des hauts et des bas, avec des creux et des bosses. Évoquer cette belle soirée d’été provoque un brin de nostalgie mais aussi la volonté farouche d’en revivre d’autres dans le futur ;-)

Photo © Aline Leonetti

Dominique

Jean-Christophe : Le 12 avril 2020 vous sortiez une version acoustique de ‘Mers Lacrymales’ sur Youtube, première d’une série de live unplugged si je me souviens bien, des vidéos très appréciées par les confinés. Est-ce un peu de ce travail qui a donné naissance à l’album Dénudé ?

Dominique : Plus qu’un peu, totalement ! Pour être encore plus précis, ce sont les messages reçus sur notre boite mail et nos réseaux sociaux qui ont déclenché l’idée du disque. Pourtant, l’exercice de l’acoustique n’est pas dans nos habitudes mais les retours bienveillants sur ces vidéos nous ont insufflé le courage de nous lancer dans cette aventure ‘’contre-nature’’.
Ces dernières années, nous avons enchaîné les concerts et l’arrêt brutal en mars 2020 a créé un gouffre. Le choix de versions intimistes n’est pas très original par les temps qui courent, mais il nous a semblé être la meilleure façon de nous rapprocher de nos fans, de réduire les kilomètres entre nous.

Jean-Christophe : Enregistrer en pleine pandémie, ça se passe comment au juste, à dix mètres de distance les uns des autres avec des combinaisons NBC et aspergés de litres de gel hydroalcoolique en permanence ?

Dominique : Le studio n’est pas assez grand pour les dix mètres de distance ;-) et puis tu sais, après quelques litres d’hydroalcoolique, l’ambiance se dégèle et les corps se rapprochent ;-)
En fait, mon frère et moi étions confinés ensemble, nos familles respectives vivant dans des bâtiments accolés. Du coup, nous avons pu travailler sans complexes et avancer au maximum les enregistrements. Avec Vincent, Romain et Arnaud, nous avons bossé un peu à distance et puis nous nous sommes vus entre les confinements. Vivant un peu loin les uns des autres, nous avons organisé des sessions de plusieurs jours. Une sorte de confinement Lazulien, sans couvre-feu.

Jean-Christophe : Plus sérieusement, comment avez-vous choisi les seize titres de cet album acoustique ?

Dominique : Difficile d’en choisir seize parmi la centaine !!! Nous l’avons fait au feeling. Avec le recul, je pense qu’il est fort probable que la période un peu particulière nous ait dirigée inconsciemment vers tel ou tel morceau ; certaines chansons résonnent tout particulièrement dans le contexte actuel.
Finalement, la plus grande difficulté fut de laisser des chansons sur le bas-côté. Plus nous avancions dans les enregistrements, plus nous avions envie d’en rajouter. Ce n’est que le temps de gravure imparti sur le CD qui a freiné notre insatiabilité.

Jean-Christophe : Est-ce difficile de réécrire des morceaux en version dépouillée ?

Dominique : Le plus difficile fut d’accepter le reflet de nos chansons nues dans le miroir ! C’est à la fois terrifiant et excitant de les déshabiller. Savoir capter l’essentiel n’a pas tout le temps été aisé, mais à chaque fois que mes sensations me ramenaient à celles que j’avais ressenties à l’époque où je les avais écrites, je savais que nous étions proches du but.

Jean-Christophe : Puisque Dénudé est une sorte de rétrospective de la carrière de Lazuli, quel est votre titre préféré sur cet album ?

Dominique : En travaillant avec Claude, nous nous sommes aperçu qu’à chaque morceau que nous attaquions, nous le disions être notre préféré ! Un morceau préféré en chassait un autre !!! Je crois que retrouver des chansons et des émotions oubliées nous réjouissait.
Nous avons tout de même tous un petit faible pour ‘'un automne’'. Cette chanson de 2002 semble avoir été écrite en 2020.

Jean-Christophe : Et pour quelle raison aucun morceau du Fantastique Envol de Dieter Böhm ne figure dessus, à cause du concept ?

Dominique : Non, il me semble que certaines des chansons de ‘’Dieter Böhm’’ pourraient exister hors du concept. J’en avais d’ailleurs enregistré une paire, seul à la guitare acoustique mais nous avons préféré favoriser des chansons plus anciennes.

Jean-Christophe : Envisagez-vous des concerts acoustiques intimistes forts de cette expérience ?

Dominique : Exclusivement acoustique, non. Mais pourquoi pas glisser quelques titres au milieu de la setlist…

Jean-Christophe : A la surprise de tous, Ged a quitté Lazuli. Comment avez-vous géré ce départ ?
Avez-vous pensé à tout arrêter comme il y a quelques années ? Ça a été difficile ?


Dominique : ’Géré’’ n’est pas vraiment le mot quand on sait le désarroi avec lequel Claude et moi avons pris le départ de Ged. Aussi subit qu’inattendu et après quinze années sans une ombre au tableau, comment pouvions-nous prendre la nouvelle ? Que veux-tu, ce sont les surprises de la vie, elles semblent légion par les temps qui courent ! Aussi étrange et incompréhensible que cela ait pu nous paraître, nous avons dû nous résigner à accepter son choix. Difficile de lutter contre quelqu’un qui a perdu la ‘’foi’’ et veut passer à autre chose. Il est clair qu’à son retour, après le premier confinement, nous ne l’avons pas reconnu ; la pandémie a sans doute été le déclencheur.
Contrairement à la rupture d’il y a une douzaine d’années avec la formation d’origine, cette fois-ci il n’y avait pas de tensions, pas de crise, pas de problème d’ego. Cela n’a fait que rajouter à notre déroute. Effectivement, la tristesse nous a fait imaginer un instant l’arrêt de l’histoire. Lors de la fois précédente, cette pensée était née de la colère, de la désillusion et de l’amertume.
Claude et moi n’avons effectivement rien géré mais Vincent et Romain ont su réagir. Leur réactivité nous a aidé à relever la tête.
Paradoxalement, autant le départ de Ged fut un déchirement, autant l’arrivée d’Arnaud fut une ‘’Beney’’diction.

Jean-Christophe : Et il est comment ce petit nouveau moustachu ? Sage ?

Dominique : Sage ? Oui… et un peu foufou aussi, à l’image de ses moustaches : disciplinées et romanesques à la fois, un mélange d’Hercule Poirot et Borat, des Brigades du Tigre et Charlot, de Clark Gable et Salvador Dali. Arnaud est sérieux dans le boulot, inventif, curieux, ouvert, empathique et en même temps toujours prêt à faire le clown. Un chouette gars, vraiment, et ce qui ne gâche rien, il est un fantastique musicien.
Arnaud est l’homme providentiel, comment ne pas voir le signe : il porte les mêmes moustaches que le Dieter Böhm de notre pochette!!!

Photo © Aline Leonetti

Dominique

Jean-Christophe : Vous n’avez pas vraiment eu l’occasion de jouer en live le Fantastique Envol de Dieter Böhm, c’est frustrant ?

Dominique : Ha ça oui !!! Nous ne l’avons joué que trois fois. Pour quelqu’un qui devait faire un ‘’fantastique envol’’, je trouve que Dieter Böhm est un peu resté cloué au sol. Et nous avec.

Jean-Christophe : Est-ce que vous allez nous le jouer dans son intégralité un soir, idéalement Chez Paulette, entre amis ?

Dominique : Promis, oui !

Jean-Christophe : Pour les artistes c’est une étrange et difficile période. Des albums inspirés de 1984, parlant de solitude, d’emprisonnement, de folie voient partout le jour. Est-ce que ces confinements à répétition sont l’occasion pour vous de vous poser et de composer, ou bien l’envie n’y est vraiment pas ?

Dominique : Pas facile pour les artistes c’est vrai, et psychologiquement, et financièrement, mais n’oublions pas que ceux qui se retrouvent en réa sont de loin les plus à plaindre. Notre profession, comme bien d’autres, est touchée de plein fouet mais les artistes ont quelques atouts supplémentaires : celui d’avoir un exutoire, de croire en leurs rêves et d’être habitués à l’adversité.
Bien sûr, chez Lazuli, nous vivons chacun à notre façon cette période, avec plus ou moins de panique. Nous savons que nous sommes en sursis et que notre avenir est incertain mais pour l’instant, à chaque fois que l’un d’entre nous a une baisse de moral, l’autre a une énergie à insuffler. Nos familles, nos compagnes, jouent également un grand rôle dans nos équilibres.
Coté compos, il y a eu deux étapes. D’abord celle de la stupéfaction, de la sidération, du vide, celle qui te sèche et te laisse devant une page blanche. L’inspiration m’a quitté pendant quatre / cinq mois, puis comme pour me délester d’un poids, je me suis mis à noircir du papier. J’ai beaucoup écrit depuis juillet dernier et je dois mon salut psychologique à m’être accroché à mon stylo.

Jean-Christophe : Qui est vacciné chez vous ? Moi je m’y colle demain matin, alors si ça se trouve je ne pourrai pas lire vos réponses ;-)

Dominique : Mon tour ne devrait plus trop tarder (je parle de mon tour sous la piqûre ;-) ) mais pour l’instant personne n’est vacciné chez Lazuli, pour la seule et simple bonne raison que nous ne sommes pas encore dans les tranches d’âges autorisées. Arnaud et moi avons 26 ans d’écart, fort à parier que nous n’y aurons pas droit au même moment. Et ne parlons pas de notre équipe de tournée, presque 40 ans séparent le plus vieux du plus jeune. Et oui, Lazuli est à la musique, ce que le journal de Tintin est à la BD :-D

Jean-Christophe : Dès que nous serons tous bourrés d’anticorps jusqu’aux oreilles, pensez-vous reprendre la route et apporter votre sourire, votre bonne humeur et votre musique dans nos provinces ?

Dominique : Nous y comptons bien ! Nous allons tout faire pour essayer de traverser ce désert sans trop nous déshydrater et être au rendez-vous le moment venu. J’espère seulement que nous ne retrouverons pas un champ de ruines à notre retour. Je me fais du souci pour les salles et les festivals qui auront pour certains du mal à se relever. Pour l’heure tout est gelé, personne n’ose programmer. Si par bonheur la vie venait à reprendre, il y aura une inertie qui fera que nous n’aurons pas les concerts espérés du jour au lendemain. J’espère aussi que dans le monde d’après, les programmateurs Français nous offriront un peu plus de place qu’auparavant.
Mon discours n’est pas à l’image de la bonne humeur dont tu parles mais je t’assure que Lazuli ne s’est pas départi de sa bonne humeur malgré les coups durs. Dès que nous aurons le feu vert et que les conditions seront réunies, nous reprendrons la route… nous en rêvons.

Jean-Christophe : Merci pour vos réponses et portez-vous bien en attendant que l’on se revoit.

Dominique : Photo © Aline Leonetti



Dominique

Rédigé par Jean-Christophe le 16/04/2021

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