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Beauty Of Our Youth
Soup - Beauty Of Our Youth
Titre : Beauty Of Our Youth
Groupe : Soup
Sortie : 2003
Label : autoproduction
Format : CD
Genre : Progressif
La chronique note de la chronique
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Titres

  • The Spirit Lodge
  • Our Common Ground
  • This Place Is A Dream
  • Transient Days
  • Memoirs Of An Imaginary Friend
  • Loralyn (And The River Lady Within)
  • Clandestine Eyes
  • A Life Well Lived

Formation en 2005


The Beauty of our Youth

Soup

Trondheim, Norvège, 2005

Genre : post-rock, art rock, crossover prog

Discographie :
Come on Pioneers, autoproduction, 2006 (réédition, How Is Annie Records, 2008)
Children of E.L.B., 2 CD, How Is Annie Records, 2010 (réédition, VierSieben Records, 2011)
The Beauty of our Youth, Aspén, 27 septembre 2013

Membres :
Erlend Aastad Viken : chant, claviers, samples
Ørjan Langnes : guitares
Jan Tore Megård : basse
Thomas Nyborg : batterie
Avec un blaze pareil, difficile de se faire un nom au firmament de la musique – sauf à avoir une bonne dose d’humour ou à produire de la… soupe !
Eh bien, pas du tout ! Sonnez hautbois, résonnez musettes : cet album est effectivement beau comme notre jeunesse…
Décidément, le climat de la Norvège est propice à l’éclosion de grands groupes ces dernières années. Personnellement, après Gazpacho (on a bien compris que les différentes sortes de potage sont une spécialité des compatriotes d’Edvard Grieg) et Seven Impale - chroniqué il y a peu -, je voue déjà un amour immodéré pour le gang de Trondheim.
Déjà, la pochette, partie d’une magnifique photo de Lasse Hoile (que l’on connait aussi pour son travail avec Porcupine Tree, Steven Wilson, ou sur The Ghosts of Pripyat du Steve Rothery Band), donne l’ambiance mystérieuse, mélancolique et nordique de l’album.
Ah, que ne remercierai-je assez tonton Remi d’avoir partagé le contenu de ce disque sur ma page facebook, et M. Neoprog d’avoir bien voulu que je parle de ce disque trop vite évincé d’une actualité supersonique ! Car, dès le début, l’envoûtement est là. On entre de plain-pied, avec "The Spirit Lodge" (la cabane de l’esprit), dans le souvenir émotionnel et mélancolique de l’enfance et de l’adolescence, tel que veulent nous le distiller nos lascars.
Et ce qui surprend d’emblée, c’est cette mélancolie joyeuse déployée par la bande d’Erlend Aastad Viken, chanteur, claviériste et leader de Soup. Point de noirceur comme le martèlent bien des groupes du moment. Non, immédiatement, c’est aux Beach Boys de Pet Sounds que je pense : harmonie des compositions, fluidité et subtilité des arrangements, maîtrise des volumes sonores, choix judicieux des sons, beauté fragile des lignes de chant…
Construit comme un concept en huit mouvements, The Beauty of our Youth nous fait naviguer pendant presque quarante-neuf minutes dans les contrées étrangement délicieuses de la catharsis juvénile.
"The Spirit Lodge", donc, propose une ouverture en 6/8 sur un tempo moyen emmené par la basse et des cloches avant l’entrée en scène de la guitare et de la batterie, le tout soutenu par un quatuor à cordes présent sur pratiquement tout l’album. Le morceau monte en apothéose (quelle partie de guitare d’Ørjan Langnes, reprenant simplement le thème) avant de redescendre très lentement par l’intermédiaire d’un piano et de divers claviers. On se croirait dans l’ouverture d’une symphonie romantique !
Et "Our Common Ground", construit sur les mêmes bases rythmiques, certes un peu plus appuyées, nous amène au cœur même du disque et d’une suite de trois morceaux avoisinant les treize minutes. La batterie de Thomas Nyborg se fait violente, et la basse de Jan Tore Megård, digne de celle du grand Paul, appuie à tout rompre, tandis que les violons soulignent les changements de tempo, que les guitares s’envolent et que les voix culminent de beauté irradiante…pour une montée à la Biffy Clyro et un final au piano très simple, enchaîné avec "This Place is a Dream", morceau de pure splendeur où la voix de Viken vous fait dresser les poils sur les bras. Le piano virevolte encore, les montées sont vibrantes de douceur exacerbée… La trilogie se termine avec "Transient Days", un pur joyau avec ses arpèges de guitare et ses chœurs et percussions à la Mike Oldfield ! Diantre, que les bougres ont du talent : le calme revient et la voix vous ramène vers une basse ronde, une putain de basse omniprésente, enfin, comme on n’en entend plus guère ! Les cymbales crépitent à qui mieux mieux avant que le chant ne vous laisse pantois d’émoi sur un fond celte qui n’en finit plus de revenir comme les rouleaux de l’océan. "Do they know?", claironne Erlend, à s’en péter les cordes vocales… Si là vous n’êtes pas calmé, retournez de suite à votre série télé à la con, la cause est désespérée !
Et la tension ne retombe pas avec les martellements lents du piano et les violons bourdonnants qui introduisent un "Memoirs Of An Imaginary Friend" à vous couper ce qui vous reste de souffle. Les staccatos montent en puissance et vous décollent du sol, tel "Funeral for a Friend" de Sir Elton. Viken se prend pour Neil Hannon, celui du Regeneration tant décrié et pourtant sublime de Divine Comedy… Une pure merveille en crescendo de volume ! La saturation post-rock vous abat avant que le piano diaphane ne vous meurtrisse longuement pour un final d’anthologie. Ces gars ont tout compris, c’est évident !
La guitare acoustique et la flûte à bec de "Loralyn (And The River Lady Within)" (voir la vidéo ci-dessous) accompagnent gentiment Viken avec une basse décidément beatlessienne. On atteint le paroxysme de l’inspiration progressive de Soup, digne des envolées proto-prog des Moody Blues, avant que le post-rock n’emporte tout le monde tel un U2 de War à son apogée. Pas un solo pour fan de démonstration depuis le début de cet album, pas d’élucubration technique à vous faire arrêter de jouer où comprendre pourquoi vous n’avez jamais osé. Non, simplement de la musique, des mélodies, des arrangements et un texte. Point barre, circulez, il n’y a plus rien à boire… si ce n’est le folk doucereux de "Clandestine Eyes" et la voix fragile montant dans les aigus sur fond de flûte traversière, comme un mélange de CSNY et d’Harmonium. Un morceau tout en finesse et en harmonie tendue avec une basse solo sans fioritures qui entraîne le groupe vers son acmé pour un final à la voix saturée et des descentes de guitares et de mellotron divines.
Comment finir un tel album ? Viken et son combo décident-ils de le faire de la manière la plus simple avec "A Life Well Lived", portée par un texte poignant sur piano et violons ? Oui, pour partie, avant que le pont au piano solo n’emporte vos derniers espoirs de calme dans un crescendo angélique - à moins qu’il ne soit démoniaque -, où les affres et les joies de nos jeunesses passées ou à venir ruissellent sur le barrage d’un piano qui s’éteint…
Voilà ! Les plus obséquieux trouveront une identité de structure entre les morceaux. Certes, il est indéniable qu’il peut se trouver un léger manque de surprise dans The Beauty of our Youth, si ce n’est la beauté elle-même de cet opus, la tension et la fragilité qui s’en dégagent.
Cet album est le premier véritable album du groupe, les précédents n’étant que les émanations d’un leader inspiré mais solitaire. Dès lors, nous sommes enclins à penser et à prétendre que la Norvège tient avec Soup l’un de ses plus beaux fleurons musicaux, touché par la grâce, à moins que ce ne soit par l’éternelle beauté de la jeunesse.
A chaque écoute, je sors troublé, épuisé et heureux tout à la fois, subjugué par la simplicité apparente du travail réalisé pour produite un nectar nordique aux parfums forts et doucereux ; à chaque fois, je n’ai qu’une idée en tête : en reprendre une louche, jusqu’à plus soif…et passer le reste de mes jours dans les lumières mordorées des environs de Trondheim.


Rédigé par Henri le 09/09/2014
Commentaires

Excellent morceau choisi!
Mais comment un groupe qui est de 2005 a t'il pu sortir un album en 2003?:-)

Le 10/09/2014 par M.Spencer

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